21 octobre 2014

Un centenaire

Le "carré militaire" du cimetière de Pont-Sainte-Maxence est situé sur une hauteur, près d'un chemin qui mène au mont Pagnotte. Au pied d'un mât au sommet duquel flotte un drapeau tricolore, des croix blanches sont érigées. Il y a aussi des tombes musulmanes.

En décembre 1914, un homme est mort. "Pour la France", est écrit sur sa stèle. Il eût peut-être préféré mourir pour le Maroc, son pays, ou mieux, ne pas mourir pour un concept aussi étrange que celui de nation ou de royaume. C'était le début de la "grande guerre", quelques jours avant Noël, que Laidi Ben Rezouani ne fêtait sûrement pas, car il était musulman. C'était il y a cent ans.

Je me rends sur la tombe d'un ami sénégalais. Des graviers posés sur la dalle forment un cœur. Levant les yeux, je vois le drapeau français. Derrière moi se trouvent l'église et l'hôtel de ville. Le temps est gris.

Une femme, au bureau de poste, parle créole avec une employée. Elle me dit : "kaoufé." Cela signifie : "bonjour, ça va ?" Je lui offre un livre de Julia Kristeva puis j'achète un paquet d'enveloppes timbrées où sont dessinés des "poilus", soldats de la première guerre mondiale.

Stéphane Mettetal.

Sept-centième note : un cadeau

A l'occasion de la sept-centième note de La France, l'auteur offre un cadeau au premier internaute qui rédigera un commentaire sur une des notes de ce "blog", Madame Geoffroy et "Migratrice" étant exclues de cette proposition, ayant déjà été lauréates.

Stéphane Mettetal.

De l'antisémitisme

A Serge Salomon, joyeux anniversaire !

 

C'est un mur blanc dont je m'étonne, chaque fois que je le vois, qu'il n'ait point encore été "tagué". Dans une rue voisine, je garais ma "deux-chevaux" en 1989. J'avais acheté une épaisse biographie de Ludwig van Beethoven que je lisais allongé sur un lit et près d'un téléphone auquel je me devais de répondre quand il sonnait. Il y avait une chapelle, des baraquements et une place sur laquelle un homme hurlait : "garde à vous !"

A l'armurerie, on m'a remis un "fusil d'assaut". Je le vois encore, tout noir au bout de mon bras, avec son extrémité bien propre et huilée sur laquelle on pouvait "enficher" une baïonnette, sorte de poignard destiné à tuer. Je pensai à Corinne Thibault, jeune femme décédée dans un accident de voiture, sur une route entre Creil et Pont-Sainte-Maxence. Elle avait écrit le mot : "ami" à mon attention. J'avais sa mort en main.

Les bâtiments ont été détruits, sauf quelques-uns qui abritent le mémorial de l'internement et de la déportation (http://www.memorial-compiegne.fr/).

Stéphane Mettetal.

18 octobre 2014

"Les agents du département", une visite

Conscient des possibilités qui s'offrent à moi et de mon incapacité à les envisager, je ramasse deux poires le long d'un chemin et les mange, étonné de leur goût.

Ce matin, je suis allé à la mairie. Je voulais des renseignements à propos d'une opération du conseil général de l'Oise intitulée : "les agents du département". J'y ai trouvé une "plaquette", c'est à dire une feuille de papier sur laquelle était inscrit : "ils se mobilisent chaque jour pour vos services publics de proximité".

J'allai au collège Lucie et Raymond Aubrac pour visiter cette journée "portes ouvertes". Accueilli par M. Eddy Schwarz, principal de l'établissement et adjoint au maire de la ville, je fus salué par Mademoiselle Awatef Yacoubi, assistante d'éducation. J'entrai dans différentes salles en me rappelant qu'il y a plus de trente ans, j'arpentais déjà ces couloirs.

"C'est notre premier visiteur", dit l'élu à un homme face à quelques ordinateurs. Je me rendis ensuite à la cantine puis dans une salle où je fus ignoré comme il se devait. Je sortis et rencontrai quelques jeunes filles aperçues auparavant dans la rue Salvador-Allende.

Stéphane Mettetal.

17 octobre 2014

Une femme

Une femme est assise au fond d'une salle de cafétéria. Elle écrit. Elle est communiste et a récemment défilé à Paris pour la préservation de la sécurité sociale. Selon elle, François Hollande mène "une politique de droite et n'est pas socialiste". Quelques mois plus tôt, elle s'était rendue à une manifestation "contre l'austérité". Elle me donne une page de L'Humanité sur laquelle est imprimée la photographie d'une carte "vitale" dont les bords semblent grignotés.

Stéphane Mettetal.

Voyou

Il s'agit de dénoncer. Albert Camus écrivait une belle phrase : "L'homme peut s'autoriser à dénoncer l'injustice totale du monde et revendiquer alors une justice totale." Pour cela, il faut du courage, et peut-être une certaine forme d'inconscience, c'est à dire une confiance en l'humanité, celle d'autrui ainsi que la nôtre propre, qui ne sont qu'une. Il s'agit de croire ; non pas en un dieu ou en un symbole quelconque censé représenter quelque chose qui n'est finalement qu'une erreur ou un mensonge, un objet créé pour détourner l'attention de ce qui fait notre foi : nous-même.

Dénonçons donc les méthodes de voyou de Nicolas Sarkozy et de ses sbires : j'ai nommé Brice Hortefeux, Christian Estrosi, et cetera, cette armée de gangsters prête à tout pour retrouver un pouvoir auquel elle a accédé.

Un drapeau flotte au sommet d'un immeuble, à l'angle de rues que j'emprunte chaque jour. Ce n'est qu'un bout de tissu, mais il est un symbole dont on peut dire ici trois mots : liberté, égalité, fraternité.

Stéphane Mettetal.

14 octobre 2014

Une éducation catholique, de Catherine Cusset

Félicitations à Catherine Cusset pour son roman intitulé : Une éducation catholique et paru chez Gallimard cette année. Il m'a fait pleurer.

Extrait : "Tout en poussant mon vélo, j'essaie de lui décrire ces pensées qui m'assomment depuis des semaines, cette haine de moi dans laquelle je tourne à vide. Je lui dis qu'elle est mon dernier recours. Je ne sais plus quoi faire. Je me déteste. Je n'en peux plus de me détester. Je ne vois pas d'autre solution que de me tuer. Ximena ne cille pas. Elle a une petite moue et hausse les sourcils avec irritation.

"Ma chère Marie, c'est le comble du romantisme, d'annoncer son suicide. Ceux qui se tuent ne commencent pas par le clamer sur les toits."

Gifle qui m'écrase. A quoi m'attendais-je en lui faisant cette déclaration ? A une main tendue ? (...)"

Stéphane Mettetal.