21 avril 2014

Une vie

Dans un panier en plastique fermé par un couvercle, quelques papiers, cahiers et carnets sont déposés. Il y a un agenda avec une croix huguenote sur la couverture, et ces quatre chiffres : 1954. Je l'ouvre, quelques rares annotations dont : "Diên Biên Phu". Ailleurs, ce sont des coupures de journaux relatant la libération d'Hérimoncourt, dans le Doubs, en 1944. Un livre et des cahiers de technologie : papa était mécanicien et réparait les avions pendant la guerre d'Indochine. Des menus de mariage. Quelques lignes pour décrire une vie.

Stéphane Mettetal.

19 avril 2014

Politique

Que se passe-t-il ? La gauche veut offrir ce qu'elle ne possède point tandis que la droite souhaite prendre ce qu'elle n'a pas. Cependant, personne ne gagne rien dans ce jeu-là et c'est la France qui perd. Personne n'a le droit de prétendre à la bonne politique. Elle est un échange et se constitue dans l'espace entre les hommes. Faut-il prendre des décisions ? Le pouvoir nécessite-t-il qu'on le maintienne ? C'est l'erreur fondamentale du chef : croire que ses solutions sont meilleures que celles de ses adversaires. De celle-ci provient une posture où il s'enferme ; il crée une escalade en se plaçant au-dessus du débat.

Il y a un progrès en politique ; la civilisation, vulgairement appelée "démocratie", n'a besoin que de la lucidité de ses membres. C'est à dire l'intelligence et le savoir, ce qu'un autre siècle appelait les Lumières. Bien comprendre la psychologie et les rôles de chacun, les enjeux souvent minables et quelquefois, par conséquence, importants, lorsqu'un peuple y adhère par un enthousiasme aussi sordide que débile ou quand un effet d'entraînement et de foule, par un acte irraisonné, exécute les ordres d'un meneur vociférant, permet cette clairvoyance.

Stéphane Mettetal.

Souvenirs

Rue de Gournay à Creil. Le bar "chez Aldo" où je jouais au baby-foot quand j'étais lycéen a été rasé. L'établissement scolaire est à l'abandon ; des vitres sont brisées, des rideaux déchirés pendent à une fenêtre et une pancarte en lambeaux flotte au vent. Un bus coloré passe au loin. Une femme marche sur le trottoir que j'empruntais au début des années quatre-vingts. Un panneau de la communauté de l'agglomération creilloise indique un "aménagement du carrefour des Forges".

Stéphane Mettetal.

18 avril 2014

Une visite à la trésorerie. Hommage à Gabriel Garcia Marquez

Une inscription orne la façade du bâtiment : "boîtes à lettres" est peint en noir sur le mur et une flèche indique leur situation au temps où l'immeuble abritait la poste. J'appuie sur un bouton coloré surmonté de voyants rouge et vert. Ce dernier s'allume, je pousse la porte du sas. Deux jeunes hommes sont en discussion de part et d'autre d'un bureau. Je m'assieds et patiente. L'homme debout parle de sa compagne. Un couple entre et s'assoit. Puis je demande à l'employé en tee-shirt un timbre fiscal. Je remarque un pannonceau indiquant la possibilité de payer à l'aide d'une carte bancaire. J'explique avant de sortir que je venais dans cet édifice enfant avec ma maman pour téléphoner dans des cabines individuelles en bois.

Derrière l'hôtel de ville, un homme en cravate me demande l'entrée. Il parle bas. Je lui propose de faire le tour de la mairie, il me remercie.

Stéphane Mettetal.

15 avril 2014

Une séance d'écriture

Je participe à la deuxième séance d'un atelier d'écriture. Le thème est : "l'imaginaire". Il s'agit de créer une rencontre entre deux personnes.

Une femme a apporté des "chouquettes", des gâteaux ronds et sucrés. Une employée de la médiathèque où se déroule l'atelier a posé des crayons sur la table.

Simone* écrit un texte militant sur le rôle oppressant des religions dans la condition féminine, en expliquant qu'elle a été élevée dans une famille athée. Une autre quitte la séance pour se rendre à une manifestation parisienne "contre l'austérité" et une troisième lit un texte où les invités à un repas n'arrivent pas, ce qui permet à une femme et à son fils d'échanger quelques mots.

Une jeune participante raconte l'histoire d'une fille de quatorze ans faisant des propositions à un homme  dans un café. Une autre énonce le parallèle entre l'écrit et le cri.

Je pense à ce jeune homme qui avait raconté sa rencontre avec l'ex-maire de Pont-Sainte-Maxence lors d'une réunion de campagne électorale. Je décide, en changeant les lieux et les personnages, d'imaginer sur le papier l'histoire de Jésus, marchand de vêtements pour hommes, discutant avec le maire dans une rue de sa ville. Je vérifie quelques termes dans le dictionnaire apporté par l'animatrice dont le mot : "censément".

Stéphane Mettetal.

 

* le prénom a été changé

09 avril 2014

Histoire et pouvoir

A Chantilly, derrière les Grandes Écuries et près de l'hippodrome se trouve une statue équestre : un homme à cheval est représenté, tenant son chapeau dans sa main droite. Sur le socle est inscrit : "A Henri d'Orléans, duc d'Aumale, la ville de Chantilly, 1899". Je cherche dans le dictionnaire petit Larousse 2005 : "Aumale (Henri d'Orléans, duc d'), Paris 1822 - Zucco, Sicile, 1897, général et historien français. Quatrième fils de Louis-Philippe, il se distingua en Algérie, où il prit, en 1843, la smala d'Abd el-Kader. Éxilé en Grande-Bretagne en 1848, il fut élu député à l'Assemblée nationale en 1871. Il a légué à l'Institut ses collections et le château de Chantilly (Académie française)."

Sur un côté du socle se trouve un bas-relief représentant un homme enturbanné mettant pied à terre devant un autre en uniforme, chacun accompagné d'acolytes pareillement vêtus, à l'arrière-plan. Une inscription surplombe l'image : "Soumission d'Abd-El-Kader, 23 décembre 1847". Une autre se lit en faisant le tour de la statue : "Prise de la Smalah, 16 mai 1843".

C'est donc sous le règne de Louis-Philippe (monarchie de Juillet, 1830 - 1848), entre la Ière et la IIème République, que la colonisation de l'Algérie se poursuivit après son invasion en 1830 par les troupes de Charles X. Les dirigeants républicains qui, dans les années 1960, proclamaient : "l'Algérie, c'est la France" héritaient d'une histoire monarchique issue d'un régime qu'ils combattaient. Ils étaient en quelque sorte otages de l'Histoire, ne pouvant la remettre en cause. Il s'agit ici d'un phénomène de pouvoir : qu'est-il possible de changer, est-il possible de seulement imaginer un changement ? La volonté se heurte parfois à une chose supérieure à l'homme : l'Histoire. Mais soyons ambitieux ; supposons que la volonté suffise et puisse tout. C'est par le texte que le changement se crée : il suffirait donc d'exprimer des idées afin qu'elles soient lues ou entendues pour que l'Histoire voit son cours modifié. Le vrai pouvoir ne serait pas celui des discours mais celui des textes.

Stéphane Mettetal.

08 avril 2014

De l'économie

L'économie dirige-t-elle le monde ? La Russie envahit la Crimée, les pays occidentaux répondent par des mesures économiques à l'encontre du pays dirigé par Vladimir Poutine. L'économie, c'est l'échange commercial, c'est à dire le marché. Que fait alors la politique dans ce contexte ? Le pouvoir est-il dans les mains des dirigeants d'entreprises ? Leurs décisions ont-elles plus de poids que celles des chefs d'États ? La mondialisation libérale dans le domaine des affaires pourrait laisser penser qu'il suffit de "laisser faire". Mais la libéralisation économique n'engendre pas la démocratie, qui est une revendication et un système politiques.

Les valeurs marchandes n'ont pas d'idées. Les hommes d'affaires cherchent à gagner de l'argent : c'est le "développement économique", c'est à dire l'enrichissement. Nous ne pouvons baser les modes de fonctionnement d'une société sur ce principe. L'appétit des entrepreneurs n'est pas une vertu démocratique. L'échange commercial ne peut remplacer la loyauté ni l'honnêteté. La politique est au service du citoyen tandis que l'économie a des œillères : elle ne voit que le profit.

Stéphane Mettetal.